Opium, invitation au voyage

Crédit photo : Larry Rochefort
« Il est un pays superbe, un pays de Cocagne, dit-on, que je rêve de visiter avec une vieille amie. Pays singulier, noyé dans les brumes de notre Nord, et qu'on pourrait appeler l'Orient de l'Occident, la Chine de l'Europe ». 1C’est là qu’Opium transporte ses spectateurs lovés dans des hamacs ou sur des coussins évoquant les brumeuses fumeries de Shanghai au 19e siècle. Envoûtés par la performance sonore orchestrée par Mathieu Campagna et Miriane Rouillard, les fumeurs-spectateurs voient monter en volutes leurs souvenirs ou leurs fantasmes d’évasions dans des contrées exotiques, voire imaginaires.Une obscurité croissante intensifie leur immersion dans le paysage sonore. La prestation en direct des musiciens – Mathieu Campagna au oud électrique, Miriane Rouillard à la flûte, Marianne Croft au violoncelle, Charles-Alexis Côté au vibraphone – s’amalgame à une bande électroacoustique préenregistrée. Notes planantes ou délirantes, cris lointains d’animaux, bruissements, battements d’ailes… Par moments, sous les lanternes de papier suspendues, des sons se matérialisent en brèves hallucinations visuelles presque tangibles. L'effet, bien dosé, est réussi.Au terme du voyage d’une cinquantaine de minutes, il faut un instant aux fumeurs-spectateurs pour atterrir. À peine revenu d’Asie, d’Amérique du Sud, d’une nuit tahitienne avec Gauguin, d’un flirt avec Morphée, du plus profond de lui-même, chacun regarde les autres, un peu béat. Qui rompra le charme par un premier applaudissement?Antidote au spleen du quotidien, cette performance sonore présentée trois fois à guichet fermé au Mois Multi nous aura rappelé que « chaque homme porte en lui sa dose d’opium naturel, incessamment sécrétée et renouvelée ». 2[ Consulter l'horaire complet du Mois Multi ]1, 2 Charles Baudelaire, « L’invitation au voyage », Petits poèmes en prose (1862)

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